Mon plat, mon choix, mon droit !

July 28, 2021
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3 min
Durable
Mon plat, mon choix, mon droit !

Le droit à une alimentation saine : entre prise de conscience citoyenne et engagement politique 


A l’heure où les citoyens européens semblent de plus en plus préoccupés par les questions de santé publique, notamment celles relatives à la sécurité des aliments, les différents acteurs de la chaîne de production alimentaire que sont les producteurs, les conditionneurs, les manutentionnaires, les distributeurs et les consommateurs sont invités à jouer un rôle majeur dans la promotion d’une alimentation saine. Cependant des tensions apparaissent lorsqu’il s’agit de mettre en place des systèmes alimentaires durables car ces derniers supposent un certain arbitrage entre le développement économique et les préoccupations environnementales. Cet arbitrage, nécessairement politique, donne lieu à des débats animés sur la place de l’alimentation saine et locale dans le champ des politiques publiques. 


Une alimentation mondialisée qui doit d’être relocalisée

Dans un espace de plus en plus interconnecté, les chaînes d’approvisionnement alimentaire se mondialisent et il devient plus difficile d’assurer la traçabilité des aliments pendant toute la phase de production. Ceci explique pourquoi un grand nombre de consommateurs ne parviennent pas à comprendre précisément le fonctionnement de la chaîne alimentaire en France et en Europe en raison de sa complexité et son opacité. De plus, l’apparition de scandales alimentaires de plus en plus fréquents et graves (“crise de la vache folle” en 1996, “crise du concombre” en 2011, fraude à la viande de cheval en 2013, affaire Lactalis en 2017-2018) nuit à la crédibilité des pouvoirs publics dans la gestion de la chaîne d'approvisionnement agro-industrielle. En ce sens, l’émergence de mouvements citoyens traduit la volonté des consommateurs de proposer de nouveaux modes de production et de distribution des produits alimentaires de proximité offrant de nouvelles opportunités économiques. Les circuits courts, par exemple, ont le vent en poupe. Ils plaident en faveur des systèmes territorialisés d’alimentation, de la diversification et de la re-territorialisation de l’agriculture. Par conséquent, les entreprises agro-alimentaires, critiquées pour leur opacité et leur manquement en matière de sécurité sanitaire des aliments, sont amenés à s’adapter - non sans mal - et à prendre en considération ces nouvelles revendications pour répondre aux défis soulevés par l’approvisionnement alimentaire et restaurer la confiance des consommateurs en leurs produits.


Les lobbys engagés

Afin de mieux saisir le lien entre les préoccupations éthiques, économiques et environnementales des consommateurs ainsi que les actions menées par les citoyens pour valoriser une nouvelle gouvernance alimentaire, voici une présentation des différents mouvements faisant pression sur les pouvoirs publics à l’échelle locale et nationale pour promouvoir une alimentation saine et locale accessible à tous.

Les “Maires du siècle”



“Encourager les élus locaux à s’engager dans la transition écologique et dans l’alimentation durable”


L’initiative des “Mairies du siècle”, qui regroupe les élus locaux engagés dans la transition écologique, naît en 2019 de l’impulsion donnée par les membres du collectif français “On est prêt”. 

Créée en 2018, il s’agit d’un mouvement à vocation internationale qui a pour objectif de mobiliser et de sensibiliser les citoyens sur les questions environnementales proposant des moyens d’action concrets pour promouvoir le développement durable et la transition écologique. De plus en plus conscients de l’aspect social de leur mission, les élus qui ont signé l’appel aux Maires du siècle mettent en place une politique cohérente d’aménagement du territoire qui permet de préserver l’activité agricole et la qualité de l’approvisionnement alimentaire. Si des actions en faveur de l’environnement ont été réalisées dans différentes communes depuis plusieurs années, l’initiative des “Mairies du siècle” invite les élus locaux et les citoyens à s’impliquer davantage et à proposer des mesures innovantes et efficaces dans le domaine environnemental, agricole et alimentaire.  


Dès lors, ils cherchent à atteindre des objectifs ambitieux mais réalisables avec le soutien des communes, tels que :





De cette façon, les “Maires du siècle” prennent en compte les revendications de leurs administrés en matière d’alimentation saine et mènent des campagnes de sensibilisation auprès du grand public à l’échelle locale pour promouvoir la préservation de l’environnement et du territoire face à l’urgence climatique.


Pour en savoir plus sur l’initiative des “Maires du Siècle”, rendez-vous sur le site du collectif français “On est prêt”.




“Cantine verte” 


“Améliorer l’offre alimentaire dans la restauration collective scolaire”


Le mouvement “Cantine verte” a été lancé en mai 2019 en France par Greenpeace. A travers le mouvement des cantines vertes, chaque citoyen peut agir à son niveau et lancer une campagne pour l’introduction d’un plus grand nombre de menus végétariens et bios  dans les cantines scolaires et universitaires. Chaque année, près de 3 milliards de repas sont servis dans les cantines des écoles. Pour beaucoup de consommateurs, il s’agit du seul repas équilibré de la journée. Par ses volumes d’achats et le nombre de convives, la restauration collective constitue alors un levier puissant pour relocaliser les systèmes alimentaires de la production à la consommation et réorienter l’offre agricole vers des systèmes de production moins polluants. 


Les “cantines vertes” promues par Greenpeace visent à répondre à un double objectif : réduire la pollution causée par les industries agroalimentaires et favoriser l’accès à une alimentation saine et de qualité. Il s’agit non seulement d’une question de santé publique, puisqu’une une consommation excessive de viande , qui plus est industrielle, peut avoir des répercussions défavorable sur la santé des enfants, mais également d’une préoccupation environnementale grandissante à l’heure où l’élevage industriel est responsable de près de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Par conséquent, certaines villes comme Lille, Toulouse, Grenoble et Nantes ont déjà fait le choix d’introduire deux menus sans viande ni poisson par semaine. 

Les grandes villes réalisent que l’adoption d’une alimentation plus végétale est une action de prévention majeure pour la santé des populations. La mise en œuvre de projets alimentaires territoriaux dans le domaine de la restauration collective apparaît alors comme la réponse la plus adaptée pour répondre aux enjeux soulevés par ces problèmes environnementaux et sanitaires.


Grâce à ce mouvement social et solidaire, les citoyens peuvent agir à leur niveau en rejoignant une campagne locale ou en créant une afin d’inciter les représentants locaux à proposer une nouvelle offre alimentaire bio et végétarienne aux enfants et aux étudiants. Ils peuvent créer ou rejoindre une campagne qui s’adresse aux responsables de la gestion des cantines scolaires, à savoir les maires pour les cantines des écoles primaires, aux directeurs des collèges ou lycées ou aux gestionnaires des restaurants universitaires.


Pour en savoir plus sur le mouvement “Cantine verte”, rendez-vous sur le site de Greenpeace France.

Les épiceries solidaires



“Garantir aux populations isolées l’accès à une alimentation saine “


Depuis près de vingt ans, l’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (ANDES) développe en France un réseau d’épiceries solidaires. Cette association œuvre pour que l'accès à l'alimentation soit un droit pour tous et puisse constituer une passerelle vers l'insertion durable des personnes en situation de précarité. Les épiceries solidaires sont des structures d’aide alimentaire qui proposent des produits de consommation courante en libre service contre une faible participation financière (bien souvent, 20% du prix proposé à la vente par les commerçants). Ces épiceries proposent à la vente des produits frais, diversifiés et de qualité à l’attention des personnes connaissant des difficultés financières. Les personnes pouvant acheter des produits de première nécessité dans ces structures sont des travailleurs précaires, des familles monoparentales, des jeunes sans ressources ou des retraités isolés. De fait, les épiceries solidaires tendent à répondre à des problématiques de santé publique et de société. 


Avec près de quatre cent épiceries sociales et solidaires implantées en France métropolitaine et dans les DOM-TOM, l’ANDES est le cinquième acteur de l’aide alimentaire en France et le premier réseau national d’épiceries solidaires. Ces épiceries existent grâce au financement de partenaires publics (Etat, conseils régionaux, conseils départementaux, CAF, …) et privés (industries agroalimentaires, enseignes de la grande distribution, fondations, dons de particuliers, …). Ainsi elles sont animées au niveau local par des équipes de bénévoles issus de la société civile. En ce sens, l’ANDES souhaite atteindre un triple objectif à travers le développement de ces épiceries solidaires et sociales :





Au-delà d’un espace de vente, les épiceries solidaires sont des lieux d’accueil et d’échanges pour les personnes isolées ou précaires. Elles remplissent une mission à la  fois économique et sociale en offrant une aide alimentaire et un accompagnement individuel aux  personnes qui souhaitent se réinsérer dans la société. 


Pour en savoir plus sur le réseau des épiceries solidaires et sociales en France, rendez-vous sur le site de l’ANDES.